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Le festin chez la comtesse Fritouille

Biesiada u hrabiny Kotłubaj

 

« Ce potage aurait été assez bon
Si le cuisinier n’était pas un ... »

Écrit en 1928, la même année que Meurtre avec préméditation et Virginité, Le festin chez la comtesse Fritouille fait partie du premier livre publié par Witold Gombrowicz : le recueil intitulé Mémoires du temps de l’immaturité (1933, éd. Rój de Varsovie). Depuis l’édition élargie de 1957, ce livre s’intitule Bakakaï.

« Ah, les cuisiniers, il faut les surveiller ! »

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Stanislao Lepri illustre ce conte.


Witold Gombrowicz éclaire ce conte dans la préface à la première édition de 1933, finalement retirée à la dernière minute :

« Dans le grotesque “Festin,” la comtesse Fritouille et ses invités mangent, bien sûr, un simple chou-fleur, tandis qu’un garçon nommé Choufleur erre à travers champs, s’approche de la fenêtre du palais et finit par y mourir d’épuisement. La relation entre l’homme Choufleur et le légume du même nom est purement formelle et consiste dans la sonorité du mot. Le sens de la nouvelle repose sur l’idée que la faim et la souffrance du pauvre Pierrot Choufleur accroissent le plaisir gustatif des aristocrates en train de manger le légume chou-fleur. Le secret que mon bon végétarien met si longtemps à deviner, c’est la cruauté naturelle de toute aristocratie. »
"Explicaction sommaire", Varia
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Comtesse Fritouille par Irena Jun (Varsovie, 2003) et Barbara Krafftowna (Los Angeles, 1997).


« Kotłubaj » [traduit en Fritouille] est un nom de famille authentique. Il figure dans les bottins de l’aristocratie polonaise du XIXe et XXe siècles. Il s’agit d’une ancienne noblesse de la Pologne orientale. Gombrowicz a choisi ce nom probablement à cause de sa résonance comique en polonais car « kotłu- » s’associe à « la marmite » et au verbe « emmêler, grouiller, entasser ». En revanche, le titre de « comtesse » est une invention de l’écrivain.

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Edition française du conte.

« Cette nouvelle du “Festin chez la comtesse Fritouille” faillit me valoir une affaire d’honneur - car une certaine famille Kotłubaj, quelque part en Lituanie, entreprit de me provoquer en duel pour m’être livré dans mon récit à diverses facéties à propos de son nom. Pourtant la véritable source de mon inspiration n’était pas les Kotłubaj mais une dame très connue alors à Varsovie, philanthrope et esthète, la comtesse Krasińska, épouse du majorataire. »
Souvenirs de Pologne


Extrait : 

Les laquais apportèrent un immense chou-fleur arrosé de beurre frais et magnifiquement vermeil, mais on pouvait supposer, hélas ! d’après les expériences précédentes, que ces vives couleurs indiquaient la phtisie et non la bonne santé.
Voilà ce qu’était la conversation chez la comtesse, voilà ce qu’était chez elle un banquet, même en des circonstances culinaires défavorables. Je me flatte que ma pensée selon laquelle l’Amour est le plus beau ne saurait se ranger dans la catégorie des pensées banales ; je considère même qu’elle pourrait constituer le couronnement de maint poème philosophique. Mais aussitôt un second convive, renchérissant, lance cet aphorisme que la Pitié est encore plus belle que l’Amour. Magnifique ! Et, de fait, si l’on réfléchit bien, la Pitié a une plus grande ampleur, elle couvre plus de choses de son manteau que la sublime Charité. Ce n’est pas tout : la comtesse, notre sage amphitryonne, craignant de nous voir nous dissoudre tout entiers dans l’Amour et la Pitié, rappelle les nobles devoirs que nous avons envers nous-mêmes, et c’est alors que moi, utilisant avec subtilité la rime en -lan, je me borne à ajouter : « L’Aigle blanc ». Et la forme, la manière, la façon de s’exprimer, dans la noble et élégante tempérance de ce banquet, sont vraiment dignes du fond. « Non, pensai-je ravi, celui qui n’a pas été aux vendredis de la comtesse, celui-là, en réalité, ne connaît pas l’aristocratie ! »
― Excellent chou-fleur ! murmura soudain le baron gastronome et poète, dont la voix trahit une agréable surprise.
― En effet, approuva la comtesse en regardant son assiette d’un air soupçonneux.
Pour moi, je n’avais rien remarqué de spécial dans le goût de ce chou-fleur, qui m’avait semblé aussi fade que les plats précédents.
― Est-ce que Philippe aurait... ? demanda la comtesse, dont les yeux lancèrent des éclairs.
― Il faudrait vérifier ! dit la marquise avec méfiance.
― Qu’on fasse venir Philippe ! ordonna la comtesse.