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Kepinski : Monsieur Witek

Kepinski : Monsieur Witek


Tadeusz Kępiński : dans Witold Gombrowicz et le monde de sa jeunesse, trad. du polonais par Christophe Jezewski et Dominique Autrand, éd. Gallimard, coll. « Arcades ».
Le chapitre 3 : Le gymnase Wielopolski

Extrait :



Envers le prêtre, Witek adoptait une attitude très conformiste. Il était bon en instruction religieuse. Dans son milieu, on aurait considéré comme une gaffe impardonnable qu’il n’eût pas la mention « très bien » dans cette matière. Et pour y parvenir, il fallait vraiment avoir des connaissances, car le prêtre ne distribuait pas les « très bien » à la légère. Mais Witek ne s’est jamais rapproché de Cieplinski, vers qui apparemment, un élan spontané aurait dû le porter.
Curieusement, l’attitude de Witek envers notre poète était ambiguë, ambivalente. Il l’aimait et il ne l’aimait pas. Ce serait difficile à expliquer si l’on n’admettait pas au départ que Witek ne se rapprochait jamais de personne — dans le sens d’un véritable rapprochement — s’il ne se créait pas des liens que je dirais de circonstance et forcés. Des liens non pas inspirés par un besoin intérieur, mais résultant de la situation, de ses tenants et de ses aboutissants. N’en éprouvait-il pas le besoin ? Si oui, cela passait par des filtres très compliqués ; quelque chose naissait et se formait lentement pour aboutir, avec le temps, à une relation du type « étrangers intimes ». Parfois, cela résultait d’un apport de sentiments très inégal. Mais ce n’était pas une véritable conquête. Je veux bien croire qu’il y ait eu par la suite des moments où il a dû comprendre qu’il s’était malgré tout appauvri. Mais pouvait-il faire autrement ? Était-ce la manifestation d’un élan vers la liberté, vers la délivrance personnelle, ou au contraire le symptôme de son esclavage, de son impossibilité à s’affranchir de ce qui résultait des conditions de son existence et de son entourage, de sa nature, de son caractère ? Les deux, sans doute. [...]
La première visite de Witek chez moi est restée mémorable car, lorsque la sonnette de la porte a retenti, ma mère a demandé :
« Qui est là ? »
Une petite voix enfantine a répondu : « Monsieur Gombrowicz. »
Ma mère a ouvert la porte et elle a aperçu un petit garçon qui s’est incliné gentiment devant elle et a demandé à me voir.