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Journal (1953-1969) : présentation

 

 

« Ainsi, moi, je veux parler. Mais il me faut aussitôt avertir le lecteur : rien de tout ce que je dis n’est catégorique – tout est hypothétique... Tout. Oui, tout - et pourquoi le cacher ? - dépend de l’effet produit sur vous. Tel est le caractère qui détermine ma production littéraire. J’essaie divers rôles. »

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Witold Gombrowicz à Vence, 1965. Photo : Bohdan Paczowski.


« L’art se crée parmi des hommes vivants et concrets, donc imparfaits. Il pullule de nos jours, ce genre de style qui vous fatigue et vous torture et vous arrache les boyaux, né d’une recette cérébrale, et fabriqué par des gens tout bonnement mal élevés. Il faut que votre verbe vise a tteindre les hommes et non les théories, les hommes et non pas l’art. »
Journal, 1954


Commencé à Buenos Aires, en 1953 et achevé à Vence en 1969, le Journal de Witold Gombrowicz est l’œuvre de toute une vie. C’est le fruit de sa collaboration à Kultura, revue mensuelle de l’émigration polonaise, publiée à Paris par Jerzy Giedroyc.


« Je dois forger le Gombrowicz penseur et le Gombrowicz génie, le Gombrowicz démonologue de la culture et beaucoup d’autres Gombrowicz indispensables. »
Lettre de Witold Gombrowicz à Jerzy Giedroyc du 6 août 1952
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Portrait de Witold Gombrowicz par Zygmunt Grocholski, Buenos Aires, 1953.


D’abord publiés en fragments en revue, les textes ont été réunis en trois volumes du vivant de l’auteur par Jerzy Giedroyc (éditions L’Institut littéraire) : Journal 1953-1956, publié en 1957 ; Journal 1957-1961 (couvrant la moitié de l’année 1961), en septembre 1962 et Journal 1961-1966, publié avec Opérette, en novembre 1966.

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Portrait de Witold Gombrowicz par Mariano Betelú, Tandil, 1958.


« Je tiens beaucoup à ce que ces fragments paraissent dans l’ordre dans lequel ils ont été écrits car c’est un tout. [...] Je compose cette mosaïque avec une plus grande préméditation qu’il ne pourrait sembler. »
Lettre de Witold Gombrowicz à Jerzy Giedroyc du 7 juin 1954


Les textes parus en revue de 1967 jusqu’à la mort de Witold Gombrowicz en 1969 - une trentaine de pages qui devaient faire partie du quatrième volume - seront ensuite ajoutés au troisième volume.

« Imaginez-vous mon “Journal”, Dominique, comme l’intrusion dans la culture européenne d’un paysan, d’un Polonais campagnard, avec toute la méfiance et le réalisme du paysan. »
Testament. Entretiens avec Dominique de Roux
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Dessin de Witold Gombrowicz par Siegfried Woldhek.


Le découpage du Journal en volumes résulte plus d’une commodité éditoriale que du souhait de l’auteur car le Journal représente une entreprise littéraire continue que seule la mort de Witold Gombrowicz a interrompue.
Pour redonner toute son unité auJournal, que Witold Gombrowicz avait construit peu à peu comme une œuvre d’art, certains éditeurs l’ont publié en deux volumes ou en un seul volume.


« L’individu est une noix tellement difficile à casser qu’aucune dent théorique n’aurait pu en venir à bout. Rien, jamais, ne pourra excuser votre échecs, balours ! »

« N’empêche qu’on saurait à peine imaginer destin plus ironique : qu’il faille encore que moi, dans mon abîme, dans mon éloignement océanique, je me sculpte moi-même de ce brouillard, et que cette brume, cette nuée de vapeur, je la transforme en poing ! »
Journal, 1963


Comme Montaigne - à qui on l’a souvent comparé -, Witold Gombrowicz est le véritable sujet de son Journal. Mais il ne s’agit pas là d’une introspection narcissique mais plutôt d’une observation du « moi en action », en relation avec ses lecteurs pour qui l’écrivain invente les multiples incarnations de Witold Gombrowicz à la recherche de sa propre Forme.

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Dessin de Witold Gombrowicz par Vasco, 1969


« Ma vérité et ma force est que je brouille sans cesse moi-même mes propres cartes. Je brouille les miennes et celles des autres. Je ne lutte pas contre le mensonge en moi, je me contente simplement de le dévoiler dès qu’il fait son apparition : je mets les pieds dans le plat, je me contrains à d’autres tactiques, je modifie les règles du jeu. »
Journal, 1962


Pour mesurer la diversité et la richesse des thèmes du Journal, il suffit de se rapporter aux index qui accompagnent ses éditions.
L’édition polonaise de 2004 (éditions Wydawnictwo Literackie, Cracovie) compte presque 20 pages d’index recouvrant 400 thèmes. Andrzej Zawadzki, son auteur, précise dans une note l’accompagnant : « Le Journal, c’est plusieurs livres en un seul. En plus, tout y est significatif, chaque motif ou idée y occupe une place importante dans l’architecture précise de l’ensemble du texte. En fait, l’index thématique du Journal pourrait atteindre les dimensions d’un volume - assez gros - à part, ce qui rendrait son utilisation bien entendu impossible. »
C’est surtout à cause du Journal et de quelques passages visant le stalinisme, la mainmise soviétique sur la Pologne et l’hypocrisie idéologique du régime communiste, que l’œuvre de Witold Gombrowicz a été mise à l’index dans son pays.

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Dessin de David Levine, 2005.


Publié en « samizdat » et en copies illégales de l’édition de Kultura, le Journal a circulé sous le manteau pendant plus de trente ans.
Le Journal et la revue Kultura ont représenté, pendant toutes ces années du régime communiste, la liberté d’expression.
Même interdit, le Journal a influencé ainsi toute la littérature polonaise du XXe siècle et a complètement renouvelé la culture polonaise.
Il n’a été publié officiellement qu’en 1986 mais avec douze coupures de la censure.
Trois ans plus tard, au moment du changement de régime politique en Pologne, l’opus magnum de Witold Gombrowicz a été publié enfin dans son intégralité, selon le vœu le plus cher de Gombrowicz.
Witold Gombrowicz avait conscience de créer, avec son Journal, une silva rerum philosophique et culturelle. C’est pourquoi il est possible d’en extraire des fragments autonomes qui ne perdent en rien leur cohérence à être abordés séparément. Parmi les plus connus :
Contre les poètes, écrit et publié en 1951, remanié, figure dans le Journal à la fin de l’année 1956.
Sur Dante inséré dans l’année 1966.
Les années 1963-1964 sont aussi connues comme le Journal Paris-Berlin, correspondant au retour de Witold Gombrowicz en Europe, après vingt-quatre ans de séjour en Argentine.

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Dessin de Witold Gombrowicz par Karl Jung.


« Oui, la mystification est recommandée pour un écrivain. Qu’il trouble un peu l’eau autour de lui pour qu’on ne sache pas qui il est - un pantin ? un plaisantin ? un sage ? un fourbe ? un explorateur ? un blagueur ? un guide ? Et pourquoi pas tout cela à la fois ? Fini de somnoler tranquille dans un bain de confiance mutuelle. Que l’esprit veille ! Tenez-vous sur vos gardes ! Et salut, les bourriques ! »
Journal, 1961