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Vers la renommée (1956-1963)


1956 ­
Witold Gombrowicz écrit six heures par jour. Il travaille à son nouveau roman, La Pornographie. Il le terminera en février 1958.

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Préface de "La Pornographie" : "L’homme aspire à l’absolu. À la plénitude. À la vérité absolue, à Dieu, à la maturité totale... Tout étreindre, se réaliser dans la plénitude, voilà l’impératif."

« Mon « roman » (il est difficile d’appeler mes ouvrages des romans) me vient plutôt mal. Sa langue trop - raide - me paralyse. J’ai bien peur que tout ce que j’ai écrit jusqu’à présent, une centaine de pages, soit une abomination pure et simple, je ne suis plus en mesure de l’apprécier - une longue pratique de votre propre texte, vous ôte la faculté de juger sainement - mais j’ai peur, il y a quelque chose qui m’avertit. Alors. un travail de plusieurs mois bon à jeter au panier, et il faudrait tout reprendre du début ? Grand Dieu ! Et si j’avais perdu mon « talent », et que jamais plus rien. »
Journal, 1956


La situation matérielle de Witold Gombrowicz s’améliore : il reçoit des bourses de Paris, du Congrès pour la liberté de la culture et de la Radio Free Europe.
Il s’achète une machine à écrire Remington.

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Witold Gombrowicz et Roland Martin : la traduction française de "Ferdydurke" signée "Brone".


En mai, il commence la traduction française de Ferdydurke avec Roland Martin, journaliste et traducteur installé à Buenos Aires. Cette traduction, signée du pseudonyme « Brone », sera publiée à Paris en 1958.

« En Argentine, Gombrowicz avait peu l’occasion de parler français. Bien qu’il ait eu une bonne prononciation et une bonne connaissance de la langue, son français était un peu « rouillé ». Quelquefois il ne comprenait pas certains mots. Il fallait que je lui en explique le sens le plus clairement possible, en lui donnant des exemples. Il ne laissait passer aucun mot qu’il ne connaissait pas. Je faisais toujours le premier jet, seul, à partir du texte espagnol exclusivement. Je le donnais à Gombrowicz qui le passait au crible, de son côté. Nous nous rencontrions ensuite. »
Roland Martin, Gombrowicz en Argentine de Rita Gombrowicz


En juillet, Mundo Argentino, la revue dirigée par Ernesto Sábato publie la traduction espagnole de la nouvelle Philibert doublé d’enfant.

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Le rapport de Khrouchtchev sur les crimes de Staline ouvre la période de la déstalinisation en Europe de l’Est. C’est le "dégel". L’affiche de Mirosław Adamczyk pour l’exposition des années 90 illustrant l’effervescence culturelle de cette période.


Dès le début de l’année 1956, la situaton politique change en Europe de l’Est. En Pologne, la déstalinisation s’accompagne d’un espoir de libéralisation dans le domaine de la culture.

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En juin, les émeutes ouvrières à Poznan provoquent le retour de Władysław Gomułka au pouvoir (il y restera jusqu’en 1970) et sont à l’origine du soulèvement en Hongrie.


Witold Gombrowicz et les autres écrivains polonais en exil voient s’ouvrir une brèche dans le carcan idéologique du pays. Pour certains c’est une occasion de rentrer au pays, pour d’autres comme Witold Gombrowicz, une opportunité de publier enfin leurs œuvres en Pologne, en toute légalité.
Même si l’association des écrivains polonais en exil interdit « toute collaboration avec les institutions contrôlées par le pouvoir totalitaire », Gombrowicz signe des contrats avec les éditeurs en Pologne pour ses romans Ferdydurke et Trans-Atlantique et ses drames Yvonne, princesse de Bourgogne et Le Mariage.

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Octobre 1956 : sous les drapeaux hongrois et polonais, les étudiants manifestent à Budapest et réclament la liberté. Imre Nagy discute avec la population.


Fin décembre, Witold Gombrowicz part à Necochea, pour un séjour de deux mois chez Dus Jankowski. Il va ensuite à Goya et à Mar del Plata. Il écrit toujours intensément.



1957
En mai, le premier volume du Journal (1953-1956) est publié par l’Institut littéraire de Giedroyc.
En Pologne, cette œuvre ne sera publiée qu’en 1986, avec des passages censurés.

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« Trans-Atlantique » et « Le Mariage » sont publiés en Pologne pour la première fois. Dessin de Jan Młodożeniec.


En revanche, sur la vague de libéralisation politique, paraissent, Ferdydurke (éd. PIW, Varsovie), Trans-Atlantique, Le Mariage (éd.Czytelnik, Varsovie) et Bakakaï (éd. WL,Cracovie), édition augmentée du recueil de contes : Mémoires du temps de l’immaturité.

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Le recueil de contes trouve son édition définitive et un nouveau titre : « Bakakaï ».
« Mon frère m’écrit de Pologne que plusieurs théâtres veulent mettre en scène Yvonne, princesse de Bourgogne et qu’il existe également une possibilité de jouer Le Mariage. Ils estiment là-bas que je dois adhérer à l’Union des auteurs et des compositeurs pour la scène, car autrement, je ne pourrais pas me défendre efficacement contre divers abus. »
Lettre de Witold Gombrowicz à Jerzy Gierdoyc du 7 mars 1957
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1957, « Yvonne, princesse de Bourgogne » : c’est pour la première fois que Witold Gombrowicz est joué au théâtre. L’affiche est de Jan Lenica. Barbara Krafftowna dans le rôle d’Yvonne.


En novembre, a lieu la première mondiale d’Yvonne, princesse de Bourgogne au Teatr Dramatyczny de Varsovie. Les autres projets théâtraux ne se réaliseront pas.


Witold Gombrowicz finit la traduction française de Ferdydurke qu’il envoie à Constantin Jelenski.


À Paris, François Bondy publie dans la revue Preuves un article élogieux sur Ferdydurke qui incitera Maurice Nadeau à publier le livre l’année suivante dans sa collection « Les Lettres nouvelles ».


Witold Gombrowicz continue aussi à rédiger son roman La Pornographie tout au long de l’année 1957.

Witold Gombrowicz fait un premier séjour à Tandil. Il y reviendra souvent et se créera un nouveau cercle de jeunes amis argentins.

« D’ici, d’en haut, Tandil paraît assiégée par la Préhistoire, par des montagnes de rocailles brisées. Au soleil, parmi les arbres et les fleurs, je prends un délicieux petit déjeuner. Mais je me sens mal à l’aise, étranger ; cette vie inconnue me dérange. »
Journal, 1958
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Tandil aujourd’hui.



1958

Ce 4 février, j’ai terminé La Pornographie. C’est le titre que j’ai provisoirement donné à mon livre. Sans garantir qu’il se maintienne. Je ne suis guère pressé de le publier. Trop d’ouvrages de moi ont paru ces derniers temps. »
Journal, 1958
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Dessin de Joanna Remus.


Fin janvier, la pièce Yvonne, princesse de Bourgogne est éditée en Pologne mais en février le théâtre Dramatyczny de Varsovie doit cesser de la jouer.


En mai, Witold Gombrowicz apprend par une lettre de son frère Janusz que son œuvre est de nouveau interdite en Pologne, où le régime se durcit.

 

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Edition polonaise d’« Yvonne, princesse de Bourgogne » illustrée par Tadeusz Kantor.


Witold Gombrowicz passe les quatre premiers mois de l’année à Tandil où l’attendent ses jeunes amis argentins : Mariano Betelú (Flor di Quilombo), Jorge di Paola (Dipi) et Jorge Vilela (Marlon).


En mars, sa première grave crise d’asthme l’envoie en clinique.

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Tandil, le 19 avril 1958 : une réception en l’honneur de Witold Gombrowicz chez Mariano Betelú.
« À Tandil, je suis le plus célèbre ! Personne ne peut m’égaler ! Personne ne peut m’égaler ! Ils sont soixante-dix mille, soixante-dix mille plus misérables que moi. Je transporte partout ma tête comme un candélabre. »
Journal, 1958
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Witold Gombrowicz à Tandil en 1958.

« Witoldo était formaliste, distant et sarcastique. Il était maigre et portait une veste foncée, comme autrefois, avec des rayures blanches très fines et une cravate de mauvaise qualité. Je ne l’ai plus revu dans ce costume. Par la suite, il portait en général un vieil imperméable et, sur la tête, une casquette à Tandil et, à Buenos Aires, un chapeau. Sur la table étaient posés sa pipe et un inhalateur pour l’asthme. »
Mariano Betelú, Gombrowicz en Argentine de Rita Gombrowicz
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Mariano Betelú, le plus proche de ses jeunes amis argentins. Avec Marlon et Dipi.


De mai à octobre, faible et fatigué, Witold Gombrowicz se repose à Santiago del Estero.

« Dimanche. Beauté ! Tu pousses où l’on te sème ! Comme on te sème ! (Ne croyez pas aux beautés de Santiago. Elles ne sont pas vraies. Je les ai inventées !) Lundi . Le soleil aveuglant est aussi coloré que s’il passait au travers d’un vitrail. On dirait que c’est lui qui imprègne les objets de couleur. Clarté et ombre. Bleu agressif du ciel. Les arbres sont chargés d’énormes pomedos d’or et de fleurs rouges, jaunes. »
Journal, 1958


À Santiago, Witold Gombrowicz rédige le second jet, le premier date de 1950-1951, de ce qui deviendra plus tard Opérette. Ces ébauches, intitulées L’Histoire seront publiées en 1975. Il continue le Journal : il y introduit son double.

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Santiago del Estero, la plus ancienne ville argentine.


En octobre 1958, Ferdydurke, dans la traduction de « Brone », pseudonyme de Witold Gombrowicz et de Roland Martin, paraît en français, préfacé par Constantin Jelenski.


De retour à Buenos Aires, Witold Gombrowicz enregistre les extraits du Journal pour la section polonaise de la Radio Free Europe pour laquelle il rédige aussi Les Prérégrinations argentines et les Souvenirs de Pologne qui ne seront pourtant jamais utilisés sur les ondes. Ces textes seront découverts et publiés seulement après sa mort.



1959
L’année commence et se terminera à Tandil où il séjourne pour la cinquième fois. Witold Gombrowicz souffre de la chaleur et s’inquiète de la crise économique en Argentine. Il pense même à s’installer dans un autre pays.

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Witold Gombrowicz à Tandil.


Witold Gombrowicz investit ses revenus d’écrivain dans une machine semi-automatique qui produit de menus objets dans l’usine de plastique de son ami Karol Swieczewski.
Il aide financièrement sa famille en Pologne et accorde une bourse à Mariano Betelú.

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Figurines en plastique fabriquées dans l’usine de Swieczewski .


En avril, il est nominé en France pour le prix du meilleur écrivain étranger. Finalement, c’est Lawrence Durell qui l’emportera.


Les éditeurs italien, américain, anglais et allemand s’intéressent à son œuvre. En septembre, Witold Gombrowicz signe un contrat avec les éditions américaines Harcourt Brace pour Ferdydurke.


Après la rédaction des Pérégrinations argentines, Witold Gombrowicz commence, toujours pour Radio Free Europe, les Souvenirs de Pologne qu’il terminera au printemps 1961.

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1958-1961, les textes écrits pour la radio : « Pérégrinations argentines » et « Souvenirs de Pologne » seront découverts et édités en 1977, après la mort de Gombrowicz.

« Je chante pour moi et les Muses », d’accord. Mais tout en chantant, je demeure implanté en vous et je suis contraint d’acquérir à la force du poignet ma place propre dans la société où je vis. Il ne sera pas inutile de vous introduire par la petite porte dans mon théâtre et c’est justement à quoi sert mon Journal. »
Pérégrinations argentines


Witold Gombrowicz continue le Journal que la revue Kultura publie régulièrement.
En 1959, il rédige entre autres les pages consacrées au poète skamandrite Jan Lechoń et celles sur la main du serveur du café El Querandi.

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1959, année importante pour le « Journal » : des extraits en sont publiés en français.


La revue Preuves publie des extraits du Journal , précédés d’un article de Constantin Jelenski : « Witold Gombrowicz ou l’immaturité adulte ». Gombrowicz lui envoie le manuscrit de La Pornographie qui suscite son enthousiasme. En octobre, Jerzy Giedroyc lui propose de publier ce nouveau roman chez Kultura.


En été 1959, la mère de Witold meurt à Kielce, en Pologne, à 87 ans. Witold Gombrowicz demande à sa sœur Rena de détruire les lettres qu’il lui a écrites.

« Quant à Mère, comme je le disais à Rena, toutes les terribles tortures qu’elle m’a certes infligées avec sa forme désastreuse (je ne suis sans doute pas le seul), j’ai moins qu’un autre sujet de m’en plaindre puisque c’est là sans doute ce qui m’a donné l’éveil à mes dispositions artistiques. Quoi qu’il en soit, notre mère a été le plus marquant des éléments qui ont contribué à façonner nos esprits. »
Lettre de Witold Gombrowicz à son frère Janusz du 9 août 1959
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Antonina Gombrowicz née Kotkowska, la mère de Witold.



1960

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La musique de Beethoven a fasciné Witold Gombrowicz jusqu’à la fin de sa vie. Il appréciait aussi l’œuvre de son compatriote Chopin.

Witold Gombrowicz écoute régulièrement de la musique, répare son gramophone, achète de nouveaux disques. Beethoven et d’autres compositeurs des XIXe et XXe siècles l’inspirent beaucoup.

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Brahms, Wagner, Debussy.

La musique m’absorbe deux heures par jour : j’ai abandonné les quatuors pour me plonger tant dans Schönberg ou Bartók que dans Brahms, Debussy, etc. C’est très instructif. »
Lettre à sa sœur Rena, 1960
« Danza tedesca » du 13e quatuor op. 130 de Beethoven, qu’appréciait particulièrement Witold Gombrowicz, interprété par le Quatuor Busch

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Witold Gombrowicz s’intéressait aussi à la musique du XXe siècle : Bela Bartók, Arnold Schönberg, Igor Stravinski.


Il continue son Journal et les textes pour Radio Free Europe.


En juin, paraît l’édition polonaise de La Pornographie aux éditions de Kultura. Le même mois, Witold Gombrowicz signe un contrat avec les éditions parisiennes Julliard pour la traduction française de ce roman.

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Les traductions de « Ferdydurke » se multiplient.


En septembre, Ferdydurke paraît en Allemagne, dans la traduction de Walter Tiel. En novembre, l’écrivain donne son accord pour la publication de ce roman en Hollande et en Belgique.


En 1960, Witold Gombrowicz quitte souvent Buenos Aires. Il passe le début de l’année à Tandil, en mai il se rend à Mar del Plata où il rencontre, lors d’un festival de cinéma, un metteur en scène polonais Andrzej Wajda. En octobre, il passe deux semaines à Montevideo, en Uruguay.

« Promenade dans une ville propre aux balcons bizarres et aux gens sereins. Montevideo. Ici règne encore l’ancienne décence, exorcisée dans beaucoup d’autres régions d’Amérique du Sud. Des visages bienveillants, des vêtements cossus, la plage à vingt kilomètres en autobus ! Et si je m’établissais ici à demeure ? »
Journal, 1960
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Witold Gombrowicz à Tandil.


En novembre, François Bondy, directeur de la revue Preuves, lui rend visite à Buenos Aires.

« Bondy fait sans doute partie (je ne le connais que très peu) de ces gens dont la force consiste dans une sorte d’absence : il est toujours ailleurs que dans ce qu’il fait, ne fût-ce que d’un pied au-delà ; son astuce, c’est celle d’un veau qui téterait deux mères. »
Journal, 1961



1961
En janvier, sa sœur Irena meurt d’une crise d’asthme à Radom, en Pologne. À sa demande, car elle la jugeait « trop intime », leur correspondance sera détruite.

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On a souvent comparé Rena Gombrowicz (photo de gauche) à la philosophe française Simone Weil (1909-1943).


Dès le mois de février, Witold Gombrowicz écrit Cosmos.
Il écoute beaucoup la musique de Mozart.

« Cosmos, pour moi, c’est noir, d’abord noir, quelque chose comme un courant noir, bouillonnant, plein de tourbillons, d’arrêts, d’eaux stagnantes, une eau noire chargée de mille résidus et que l’homme fixe en essayant de la déchiffrer, de comprendre, de lier ce qu’il voit en une certaine totalité. Le noir, la terreur et la nuit. La nuit traversée d’une passion violente, d’un amour dénaturé. »
Testament. Entretiens avec Dominique de Roux
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« Cosmos » est le dernier roman de Gombrowicz publié de son vivant.


Witold Gombrowicz continue son Journal, il revient longuement sur ses rapports avec Bruno Schulz.


Il se plaint que la correction de la traduction française de La Pornographie par Jerzy Lisowski le dérange dans son travail sur Cosmos.


En janvier, Ferdydurke paraît à Londres et en avril à New York, dans la traduction d’Eric Mosbascher ; en août, le roman traduit par Sergio Miniussi est publié en Italie.


À la fin de l’année, Walter Tiel publie sa traduction du Journal 1953-1956 en Allemagne. Witold Gombrowicz a modifié les passages concernant Heidegger, à la suggestion de l’éditeur.

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Allemagne : la première traduction du « Journal ».

« Pour jouir de la beauté et du drame, on n’a pas besoin de « publier », il suffit d’avoir quelque chose à l’intérieur de soi. Tâche de comprendre l’importance qu’ont, pour un artiste, la joie, la cordialité, la bonne humeur, le sens du comique, de l’ironie, etc. Tout cela signifie l’indépendance de l’artiste vis-à-vis du monde. Cette indépendance signifie aussi la victoire . Plus tu seras enfantin, plus tu seras victorieux ; plus tu seras sérieux (dans le sens mondain), plus tu seras vaincu. »
Lettre de Witold Gombrowicz à Mariano Betelú du 19 novembre 1960



1962
L’année 1962 est dominée par le travail sur Cosmos dont Witold Gombrowicz publie les premiers extraits dans le numéro anniversaire de la revue Kultura, au mois de mai.

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Au cours de l’année 1962, Witold Gombrowicz écrit « Cosmos », son dernier roman et son œuvre la plus mystèrieuse.


Kultura - L’Institut littéraire publie aussi en volume son Journal 1957-1961.


La Pornographie paraît en France et en Italie.
Ferdydurke est publié en Hollande dans la traduction de Willem A. Maijer.


En mai, Witold Gombrowicz est nominé pour le prix littéraire Formentor.


Gombrowicz lit beaucoup Sartre dont les livres en français lui sont envoyés de Paris par Jerzy Giedroyc, son éditeur polonais.

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La pensée de Jean-Paul Sartre fascinait Witold Gombrowicz.
« Ce Sartre me tourmentait depuis longtemps, car il y a là un curieux mélange de choses d’une valeur et d’une actualité extraordinaires avec un merveilleux non-sens d’abstractions cartésiennes qui, « nota bene » , comme « ontologie phénoménologique » tient tout à fait d’aplomb. »
Lettre à Jerzy Giedroyc du 16 août 1962
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Witold Gombrowicz chez lui à Buenos Aires, début des années 1960. Photo de Miguel Grinberg.


En octobre, Witold Gombrowicz assiste sur un strapontin au congrès du Pen Club à Buenos Aires.

« Madariaga, Silone, Weidlé, Dos Passos, Spender, Butor, Robbe-Grillet, etc. ; - ils sont tous venus à Buenos Aires, invités par le Pen Club. Le colloque a duré cinq jours et consisté à casser les oreilles de l’assistance sur le thème : la Parole, l’Écrivain, la Culture, l’Esprit, etc. comme toujours. »
Journal, 1962


Le 28 mars, l’Argentine est secouée par la chute du gouvernement Frondizi. La crise politique éclate, les grèves se multiplient.


De février à décembre, Witold Gombrowicz reste à Buenos Aires. Il souffre du froid, tombe malade. Il pense même à déménager un jour à la recherche d’un climat plus clément pour un asthmatique comme lui.


Il choisit le café La Fragata comme son quartier général où il rencontre ses amis.

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Le café La Fragata dans les années 1970. Photo de Sandra Filippi.



1963
Witold Gombrowicz passe les deux premiers mois de l’année à Piriapolis : il recopie Cosmos, rédige la suite du Journal, joue aux échecs dans le bar « San Sebastian ».


Le 28 février, il reçoit un télégramme de la Fondation Ford l’invitant à passer une année à Berlin comme writer in residence (écrivain en résidence). Il accepte la proposition.

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À son retour à Buenos Aires, Witold Gombrowicz reçoit la dépêche de Londres l’informant que Wiadomości, la revue de l’émigration polonaise qui lui était jusque là hostile, lui accorde son prestigieux prix littéraire.


À Paris, Jadwiga Kukułczanka finit la traduction française du Mariage.

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La veille du départ : les « garçons » et Ada Lubomirska entourent Gombrowicz.


Tout le mois de mars, Witold Gombrowicz prépare son départ pour l’Europe : il donne ses livres et ses disques, renouvelle sa garde-robe, fait ses adieux à ses amis polonais et argentins.

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Les derniers instants avant de partir, à bord du paquebot.


Le 8 avril, Witold Gombrowicz embarque sur le transatlantique Ferderico Costa qui relie Buenos Aires à Cannes, en France. Il ne sait pas encore qu’il ne reverra plus l’Argentine qu’il considérait comme sa seconde patrie.

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Pendant la traversée, Witold Gombrowicz remporte le concours d’échecs.

« Quand je suis monté à bord du « Federico » en rade de Buenos Aires, j’avais derrière moi 23 ans et 226 jours d’Argentine (j’ai fait le compte), et avec moi, dans ma valise, le texte d’un roman inachevé : Cosmos. »
Testament. Entretiens avec Dominique de Roux
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Le « Transatlantique argentin de Gombrowicz » dessiné par l’ami Mariano Betelú.