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Mémoires de Stefan Czarniecki

Pamiętnik Stefana Czarnieckiego

 

« En quelque endroit que j’aperçoive un sentiment mystérieux, que ce soient la vertu ou la famille, la foi ou la patrie, il faut toujours que je fasse une saleté. Voilà mon mystère, que j’impose de mon côté à la grande énigme de l’existence. »

Rédigé en 1926, le conte Mémoires de Stefan Czarniecki - Pamiętnik Stefana Czarnieckiego a été publié pour la première fois en 1933, dans le recueil Mémoires du temps de l’immaturité aux éditions Rój de Varsovie, édition financée par son père.
Comme les autres textes de ce livre, le tout premier de Witold Gombrowicz, Mémoires de Stefan Czarniecki a été repris en 1957 dans un volume revu et augmenté de contes, titré Bakakaï, publié par les éditions Wydawnictwo Literackie de Cracovie.

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Adaptation de Piotr Cieślak, théâtre Dramatyczny, Varsovie, 2004.


Écrite à la première personne - comme le plus souvent dans la prose de Witold Gombrowicz - cette histoire grinçante raconte la déchéance morale d’un garçon qui depuis la naissance n’arrive pas à trouver sa place. Portant le nom d’un héros historique incarnant le patriotisme polonais, ce fils d’une Juive reconvertie et d’un père antisémite, n’arrive pas à se forger une identité ni à se faire accepter par la société qui le rejette, malgré ses efforts incessants de se conformer à l’idéologie dominante.

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Krzysztof Ogłoza dans le rôle de Stefan Czarniecki dans l’adaptation de Piotr Cieslak, Varsovie, 2004.


Dans la préface du recueil, retirée à la dernière minute, Witold Gombrowicz avoue :

«Dans les “Mémoires de Stefan Czarniecki”, j’ai envisagé le phénomène de la race, observé avec les yeux d’un personnage fictif, lui-même complètement dépourvu de race.»
"Explication sommaire", Varia
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Stefan Czarniecki, grand hetman polonais.


Stefan Czarniecki (1599-1665) fut grand hetman de la Couronne polonaise. L’hymne national de la Pologne évoque ce personnage historique, symbole d’un soldat invincible et incarnation du patriotisme. Dans la première version du conte publiée en 1933, le héros portait le prénom biblique de Jacob : cette référence hébraïque contrastant avec le nom de famille typiquement polonais annonçait, dès le titre, le conflit identitaire du personnage et la problématique de tout le texte. Witold Gombrowicz a changé le prénom du héros en Stefan à l’occasion de la publication du recueil Bakakaï en 1957 .



Extrait : 

Tout cela était, je dois le dire, étrangement séduisant, beau, oui beau, c’est cela, mais aussi étrangement peu convaincant. En tout cas, je. ne perdais pas courage. Je lisais beaucoup, surtout des poésies, et j’essayais d’assimiler de mon mieux le langage du mystère. Je me rappelle une dissertation sur le thème Le Polonais et les autres peuples. « Bien entendu, écrivis-je, il ne vaut même pas la peine de mentionner la supériorité des Polonais sur les Nègres et les Asiatiques, qui ont une peau repoussante. Mais leur supériorité est également indubitable par rapport aux autres peuples européens. Les Allemands sont lourds, brutaux, avec des pieds plats, les Français sont petits, menus et dépravés, les Russes - velus, les Italiens - c’est le bel canto. Quel soulagement de se sentir polonais ; rien d’étonnant à ce que tous nous envient et veuillent nous balayer de la surface de la Terre. Seul, le Polonais ne provoque pas en nous d’aversion. » J’écrivis cela sans conviction, mais je sentais que tel était le langage du mystère et la naïveté même de mes affirmations m’emplissait de bonheur.