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Salgas : Une non divine comédie

Salgas : Une non divine comédie


Jean-Pierre Salgas : Une non divine comédie. Sur le théâtre de Gombrowicz, dans la revue Théâtre/Public, janvier-février 2002.

Extrait :



« Cette pièce construite comme un rêve qu’il ne comprenait pas totalement » [1] : avec ses rois et ses nobles, le théâtre exploration de la zone nocturne, du pouvoir, de l’inconscient... de « l’escalier de service de notre moi ». « Le mariage » avec le jeune Marx et avec le vieux Freud, donc, malgré l’hostilité connue de Gombrowicz à la psychanalyse... La scène du Mariage est de façon ambivalente, indiscernable, celle du rêve au sens freudien et celle du monde au sens shakespearien. (« Où finit mon moi, là commence / Mon dévergondage. Et bien que j’habite en moi paisiblement /J’erre cependant en dehors / Et dans les espaces obscurs et sauvages / Je me livre à l’infini. »)
Figurée au départ par un « paysage accablant désespéré » avec « fragments d’une église mutilée » qui se mue peu à peu en un mixte de « castel de province » et d’« auberge ». Espace intérieur d’un soldat, Henri « fils de la guerre », soldat polonais échoué quelque part vers Dunkerque, puis d’un roi, le même, devenu souverain de Pologne avant d’être tenté par la divinité... D’un homme qui accouche de tous les autres personnages, Jeannot le comparse, ses parents aubergistes, sa fiancée Margot, ivrognes, courtisans... lesquels s’engendrent eux-mêmes les uns les autres de réplique en réplique.
"Entre" Œdipe, Hamlet et Faust, Henri cherche à émerger du mauvais rêve de l’Histoire, s’invente une famille terrestre, voire céleste. Et parcourt tous les degrés de l’église interhumaine - d’un enfer, l’autre : le soldat devient roi, le fils devient père de son père, l’homme devient Dieu, la relation horizontale du mariage autocélébré remplace les hiérarchies antérieures [2]. Saisi par l’ivresse du pouvoir, il sait naître de nouvelles formes ; un nouveau sacré social et ses rituels vont émerger des décombres. « Hitler et Staline », commentera Gombrowicz.




[1] François Bondy et Constantin Jelenski : A propos du Mariage, in La Règle du jeu, n°15

[2] Sur Adam Mickiewicz comme source de « l’église interhumaine » de Gombrowicz, je renvoie aux travaux de Michel Masloswki, qui n’hésite pas à voir dans le poète romantique un précurseur de l’église des hommes de Vatican II, et de Jean-Paul II. La troisième partie (grande improvisation de Konrad, vision du prêtre Pierre) de son work in progress inachevé Les Aïeux (1832) - la pièce nationale polonaise - et Le Livre des pèlerins polonais effectuent une véritable « révolution Copernicienne » de la religion, et débouchent sur une curieuse théorie du religieux horizontal. Que condense le vocable de « Christ-frère ». Christ des nations, la Pologne sans terre ne le serait pas collectivement, mais en chacun des siens. Cette théologie, Gombrowicz n’aurait eu qu’à lui faire faire un tour de plus sur elle-même : supprimer Dieu, tout simplement, mais garder l’intrication des questions personnelles et nationales.