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Dans l’escalier de service

Na kuchennych schodach

 

« Malheur à celui qui abandonne sa saleté pour la propreté d’autrui - la saleté est toujours à vous, la propreté est toujours aux autres. »

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"La femme de chambre" de Wojciech Weiss, 1911, Musée national de Cracovie.


Écrit en 1929, Dans l’escalier de service - Na kuchennych schodach fut retiré par Witold Gombrowicz du recueil Mémoires du temps de l’immaturité (éd. Rój de Varsovie) publié en 1933. C’est par égard pour son père qui avait financé ce premier livre de Witold, que celui-ci a décidé de ne pas rendre publique cette nouvelle légèrement scabreuse.
Le voyeurisme et les assauts sexuels qu’un bourgeois fait subir à sa domestique risquaient fort de froisser la bienséance familiale et d’être mal interprétés par Jan Onufry Gombrowicz.
Après la mort de son père, Witold Gombrowicz a fait paraître Dans l’escalier de cuisine en 1937 dans le numéro d’automne de la prestigieuse revue Skamander de Varsovie.

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Publier dans la revue "Skamander" était considéré comme une consécration littéraire.


Le texte a définitivement intégré le recueil des contes, avec quatre autres récits, en 1957 lors de sa publication à Cracovie sous le nouveau titre de l’ensemble : Bakakaï.

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"Journal d’une femme de chambre d’Octave Mirabeau daté de 1900 est considéré comme l’un des classiques de cette littérature teintée d’érotisme, jugée scandaleuse au début du XXe siècle. Luis Buñuel l’a porté à l’écran en 1964.


La fascination érotique pour une domestique, la force d’attraction sexuelle qu’exerce la nature brute et primaire, « inférieure » sur un individu éduqué et socialement supérieur, la tyrannie des convenances qui, comme un carcan, emprisonne la personnalité de celui qui s’y soumet : voici les thèmes gombrowicziens par excellence qui font leur apparition avec force et suggestion dans ce texte de jeunesse.

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L’autoportrait de Bruno Schulz, deux dessins de son "Livre idôlatre" et la revue "Studio" où fut publiée la polémique entre Bruno et Witold.


Bruno Schulz, dessinateur et écrivain, ami de Gombrowicz déclinait à sa façon le sujet d’une adoration masochiste pour une servante dans son œuvre picturale et littéraire. En 1936, dans le mensuel Studio, Gombrowicz a publié une lettre ouverte à Schulz où il l’incitait à prendre position sur leur réputation scandaleuse de littérateurs obscènes et dégoûtants et à contrer ainsi l’opinion petite bourgeoise de la « doctoresse de la rue Wilcza ».

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Aniela Brzozowska, servante chez les Gombrowicz.


Aniela Brzozowska fut une domestique fidèle de la maison des Gombrowicz. Witold a gardé un souvenir attendri et amical de celle qui lui aurait inspiré la fin de Ferdydurke - « Et voilà, tralala, zut à celui qui le lira ! » - et qui fut la partenaire de ses taquineries et chamailleries de jeunesse, non dénuées d’érotisme.



Extrait : 

La bonne avait introduit dans notre demeure ses affaires en même temps que sa malle, c’est-à-dire de la vermine, des dents malades, des torticolis, des panaris, de grands pleurs, de grands rires, de grands lavages : le tout se répandit dans la maison et ma femme se mit à serrer toujours davantage les lèvres, jusqu’à ce que sa bouche ne fût qu’une fente. Bien entendu, elle entreprit sur-le-champ d’éduquer la bonne. Dans mon coin, j’observais par-dessous comment ce processus prenait des formes des plus en plus cruelles et se transformait peu à peu en une sorte de défrichement. La bonne se tordait comme sous la brûlure d’un fer à chauffer à blanc, elle ne pouvait pas faire un pas selon sa vraie nature ; ma femme ne faiblissait pas et devenait au fond d’elle-même de plus en plus étouffante, haineuse, d’autant plus que je me sentais, de mon côté, un peu haineux aussi, sans savoir pourquoi ni comment. Et, avec un étonnement caché derrière mes yeux mi-clos, je regardais se dresser devant ma femme des forces primitives sans rapport avec le savon « Maïola » et se dérouler une lutte cruelle venue de la préhistoire.