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Journal (1953-1969) : Vu par...

 

 

Philippe Sollers :

« Toute l’œuvre de Gombrowicz est polémique. S’il y a quelqu’un qui est absolument d’essence voltairienne, c’est bien Gombrowicz. J’en suis convaincu chaque fois que j’ouvre un de ses livres ou quand je lis une lettre de lui. C’est toujours la même inspiration voltairienne, c’est-à-dire tout remettre en cause, en fonction de ce qu’on découvre comme étant les grimaces ou les attitudes culturelles, les préjugés, les différents sommeils acquis, etc. Ce sont des veilles permanentes. […]
Le “Sur Dante” [“Journal”, 1966], m’intéresse beaucoup parce qu’il est sur la voie d’une liberté d’action par rapport aux monuments de la culture : être complètement libre par rapport à ce qui peut être le plus sacré, le plus bouleversant. Quand il écrit à une amie polonaise qui lui cite du Nietzsche ou du Thomas Mann, il lui répond : « C’est moi, c’est moi qui parle. Il ne s’agit que de moi. »
Philippe Sollers dans Gombrowicz vingt ans après, Paris, 1989


E. M. Cioran :

« Les divagations de Gombrowicz sur Dante me font songer à celles de Tolstoï sur Shakespeare. C’est beau, déroutant, fou et intolérable. »
E. M. Cioran, lettre à Dominique de Roux, 17 mars 1970


Michel Polac :

« Tout en étant un grand admirateur de “Ferdydurke” et de “La Pornographie”, je préfère le “Journal”, d’une stupéfiante limpidité, plus proche de la « clarté française » du XVIIIe siècle que du baroque « mitteleuropa ». Il n’est rien de tel pour se fouetter l’intelligence que de rouvrir au hasard Nietzsche, Cioran ou Gombrowicz. […]
Cet orgueil peut paraître « enfantin » comme ont paru « enfantines » à certains critiques les attaques de Gombrowicz contre les poètes, les peintres, ou Dante en personne ! Mais il faut être reconnaissant à ceux qui mettent des moustaches à la Joconde (du moins sur des copies, pas sur l’original, Gombrowicz n’est pas un barbare), qui mettent les pieds dans le plat, qui savent que tout a de l’importance et que pourtant rien n’est sérieux, que la mauvaise foi affichée est jubilatoire, que démolir les fausses gloires est une nécessité, mais que démolir les vraies gloires est un exercice presque… d’ascèse. Il n’y a pas de chefs-d’œuvre intouchables, l’admiration ne doit pas être obligatoire. »
Michel Polac dans Gombrowicz vingt ans après, Paris, 1989


André Major :

« Au cœur de l’Argentine si honteuse de son immaturité culturelle, qu’elle plagiait la lointaine Europe, Witold Gombrowicz, l’écrivain polonais, rassemblait quelques jeunes autour de la table d’un café de Buenos Aires où, à sa manière sarcastique, il mettait en pièce leur complexe d’infériorité à l’égard de l’Europe. […]
En tant que Québécois luttant à l’aveuglette pour frayer sa propre voie dans le contexte de mobilisation générale qui sévissait à la fin des années 1960, je ne pouvais qu’être sensible à l’aventure de ce Polonais si douloureusement conscient du piège historique où tombent maints artistes appartenant aux peuples dominés ou de culture secondaire. La morale qu’il a tirée de son expérience, c’est qu’il faut convertir sa faiblesse en force, et faire de son infériorité une valeur créatrice, au lieu de mimer pathétiquement le fort et le supérieur. Voilà la leçon que je tirais de son “Journal” où j’avançais comme dans l’espace auquel j’aspirais depuis toujours. »
André Major, L’esprit vagabond, Montréal, 2007