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La France : Royaumont et Vence (1964-1969)


1964
Dès son arrivée en France, Witold Gombrowicz passe quelques jours chez l’équipe de Kultura, à Maisons-Laffitte près de Paris.
Ensuite, accompagné de son neveu Joseph, il part pour Royat en Auvergne dans l’intention d’y faire une cure. Il habite l’hôtel Terminus à Clermont-Ferrand, cherche une chambre à Royat, mais n’en trouvant pas, il revient à Paris.

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L’abbaye de Royaumont sur les cartes postales envoyées aux amis à Buenos Aires.


Suivant les conseils de Konstanty Jelenski et de Maurice Nadeau, Witold Gombrowicz part fin mai au Cercle culturel de Royaumont, près de Paris, où il passera plus de trois mois.

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Witold Gombrowicz à Royaumont. Photo : Janusz Odrowąż-Pieniążek.
« C’est un endroit très distingué et très beau, la campagne alentour un enchantement, vallons et forêts, 30 km de Paris de sorte que continuellement des gens viennent (il y a quelque 50 chambres dans le vieux dortoir des moines) et quand on a appris que j’étais ici, des admirateurs sont arrivés. »
Lettre de Witold Gombrowicz à J.C.Gómez
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Le parc de Royaumont, lieu préféré des promenades de Gombrowicz.



À Royaumont, il souffre d’asthme et de dépression nerveuse, mais assiste aux colloques, notamment sur la psychosociologie et sur Nietzsche. Il provoque des polémiques avec d’autres résidents des lieux.

« Il était persécuteur à table et victime en privé. »
Alain Crespelle, alors directeur du Cercle culturel de Royaumont, Gombrowicz en Europe, de Rita Gombrowicz


Witold Gombrowicz lit beaucoup, entre autres les Mémoires de Saint-Simon et explique L’Être et le Néant de Sartre aux jeunes filles dans le parc.

« Un matin au petit déjeuner, Gombrowicz s’est tourné vers moi et m’a demandé devant les quatre ou cinq personnes présentes si je voulais partir avec lui. »
Marie-Rita Labrosse-Gombrowicz, Canadienne française, venue à Royaumont écrire une thèse sur Colette, dans son livre Gombrowicz en Europe
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La Méditerranée : Cannes et son arrière-pays furent une terre d’élection pour Gombrowicz. Il y retrouva les paysages du Sud découverts 35 ans auparavant.


En septembre, Witold part avec Rita s’installer sur la Côte d’Azur. Il y vivra jusqu’à sa mort.

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Witold Gombrowicz à La Messuguière, à Cabris.


Witold Gombrowicz et Rita Labrosse s’installent provisoirement à Cabris, près de Grasse, dans un centre culturel où André Gide avait vécu pendant la guerre.

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Vence.


Le 25 octobre, ils emménagent à la villa Alexandrine, 36, place du Grand-Jardin à Vence, où ils resteront jusqu’au 28 mars 1969.

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La villa Alexandrine ; la photo de Christian Leprince et le dessin de Kazimierz Glaz.


Witold Gombrowicz possède quatre livres : un manuel argentin de philosophie : Lecciones preliminares de filosofia de Manuel García Morente, une édition espagnole de Sein und Zeit de Heiddegger, L’Être et le Néant et Saint Genet de Sartre.

« Dès notre arrivée, il déclara que l’appartement lui posait des problèmes du point de vue formel. »
Rita Gombrowicz, Gombrowicz en Europe


Witold Gombrowicz met des tableaux aux murs, s’habille chez Old England.

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L’appartement de la villa Alexandrine. Photos de droite et de gauche : Bohdan Paczowski.


Il achève le Journal Paris-Berlin , commencé à Royaumont et termine Cosmos, qu’il envoie à Jerzy Giedroyc de Kultura.

« J’ai bien reçu Cosmos, qui m’a enthousiasmé. [...] Cosmos est pour moi un des livres contemporains les plus sensationnels et les plus profonds. C’est un roman qui se situe véritablement à une échelle « cosmique » - la macrophysique des constellations et la microphysique de la verdure et des déchets opposées à un cosmos analogue chez l’être humain, sur la base de correspondances, de repères. »
Lettre de Kot Jelenski à Witold Gombrowicz du 19 juin 1965
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Première édition italienne d’"Opérette".


Witold Gombrowicz se remet à écrire Opérette qui deviendra cette fois la version définitive, publiée en polonais en 1966.
Depuis septembre, Witold souffre d’un ulcère à l’estomac. Il consulte le Dr Yvan Marinov qui sera son médecin traitant jusqu’à sa mort.



1965
Premier séjour à Vence de Maria et Bohdan Paczowski qui deviendront ses grands amis.
D’autres artistes polonais lui rendent visite : l’écrivain Slawomir Mrozek et le graphiste Jan Lenica.
Witold et Rita se lient d’amitié avec trois Polonais de Nice : Maria Sperling, Joseph Jarema et Iza de Neyman.

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A gauche, Witold entre Maria et Bohdan Paczowski. Sur le mur un dessin de Teresa Stankiewicz - A droite, Witold Gombrowicz, Maria Paczowska, l’écrivain Slawomir Mrozek (debout) et le peintre Jan Lenica. Photos : Bohdan Paczowski.

« Witold Gombrowicz est mon cauchemar. Mais je serais désolé si ce cauchemar n’existait pas. »
Slawomir Mrozek, le Cahier de l’Herne Gombrowicz


En mars, il réussit à guérir de son ulcère à l’estomac et l’état général de sa santé s’améliore considérablement. Une dame lui apporte un petit chien qu’il garde et qu’il appelle « Psina » (« pauvre petit chien » en polonais).

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Psina chez les Gombrowicz. Photo de gauche : Bohdan Paczowski, celle de droite : Jean Kalman.

« Promenades sympathiques avec mon Psina. Dans le petit café sur la place, des peintres (il y en a beaucoup à Vence). Bière, whisky. Ils disent : « Oh, Une telle se balade maintenant avec Untel. » Chagall, Dubuffet et Papazoff. Le mistral. La table a un pied trop court. Penser à acheter des allumettes. Le chapeau. »
Journal, 1966
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En Italie, à Chiavari, chez Maria et Bohdan Paczowski. Photos : B.Paczowski.


Witold et Rita passent le mois de juin en Italie, à Chiavari, chez les Paczowski.


En septembre, ils achètent une voiture 2CV Citroën, c’est le début des escapades dans la région. Gombrowicz écrit dans une lettre à son ami argentin Mariano Betelú : « Il n’y a rien à dire, c’est le salon du monde. »

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Photo en haut : Hanne Garthe, en bas : Bohdan Paczowski.





« Les plus beaux voyages sont de petites excursions autour de Vence tout comme Pickwick dans la banlieue de Londres. »
Journal, 1968


Witold écoute beaucoup de musique, surtout les quatuors de Beethoven.


Ses lectures sont consacrées à l’histoire : Seconde Guerre mondiale, nazisme, stalinisme, batailles navales. Il s’intéresse aussi à la science. Il se passionne pour Albert Einstein.
En compagnie de Rita, il relit Dostoïevski, Thomas Mann, Pickwick Papers de Dickens, Le Chien des Baskerville de Conan Doyle, Le Meurtre de Roger Ackroyd d’Agatha Christie. « Il m’a dessiné de mémoire le plan de l’appartement du crime. » se souvient Rita Gombrowicz.


Witold travaille sur la version définitive d’ Opérette .

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Au café "La Régence" à Vence, avec François Bondy et Rita en mars 1965. Photo : Lillianne Bondy.

« Vence est un endroit très distingué, il y a parfois jusqu’à cinq ou six Rolls Royce, je les vois par la fenêtre de la salle à manger qui donne sur la place, ils viennent acheter du lait et d’autres choses pour le petit déjeuner. Les Rothschild, les comtesses Karolyi, de Noailles, Safary, Dubuffet, Chagall, parfois Picasso, la femme de Johnson, des vedettes, les amiraux yankees, etc. Ils viennent tous par ici. Moi, je reçois beaucoup de visites, car, malheureusement, nombreux sont ceux qui accourent vers celui qui s’offre tous les matins à la lumière de deux cierges allumés pour le Saint-Esprit. »
Lettre à Jorge Di Paola, du 6.08.1965
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Witold et Rita avec leurs amis peintres polonais Joseph Jarema et Maria Sperling, installés à Nice.


En septembre, l’Institut littéraire (Kultura) publie Cosmos en polonais.
En France, ses deux drames paraissent : Yvonne, princesse de Bourgogne (trad. Constantin Jelenski et Geneviève Serreau) et Le Mariage (trad.Koukou Chanska et Georges Sédir).
Journal Paris-Berlin est publié en Allemagne et Ferdydurke en Yougoslavie.

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Quatre tableaux des années 1960 de Joseph Jarema.


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Quatre tableaux des années 1970 d’une amie Maria Sperling : "Mai", "Août", "Juin" et "Sérénité".


En octobre, Jorge Lavelli présente sa mise en scène d’Yvonne, princesse de Bourgogne au Théâtre de France, à Paris. En décembre, la pièce est montée par Alf Sjöberg au Théâtre Royal de Stockholm.

« La première d’Yvonne, écrivent les “Wiadomosci Polskie” de Stockholm, s’est transformée en hymne à la gloire de la création dramatique polonaise. » Hum. Coucou ! »
Journal, 1966



1966

« Dans la soixante et unième année de ma vie, j’ai atteint ce qu’un homme obtient normalement vers la trentaine : vie familiale, appartement, un petit chien, un petit chat, le confort. Et je suis devenu certainement (tout en témoigne) également « écrivain ». »
Journal, 1966
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Dès 1965, l’œuvre de Witold Gombrowicz connaît une carrière internationale : les traductions paraissent en français, en portugais, en espagnol, en italien, en anglais.


La Pornographie paraît en anglais et en norvégien, Cosmos en français (trad. Georges Sédir), aux éditions Denoël.


En septembre, Opérette est achevée et envoyée à Jerzy Giedroyc qui publie par ailleurs son Journal 1957-1961 en livre.
Les traducteurs d’ Yvonne, Constantin Jelenski et Geneviève Serreau, préparent la version française d’Opérette que Gombrowicz révise personnellement. Il travaille toujours sur le Journal pour Kultura.

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Witold Gombrowicz vec Kot Jelenski à Vence. Photo : Bohdan Paczowski.

« Witold était le même en Argentine, quand il couchait par terre à Morón ou qu’il habitait chez la brave Frau Elsa, rue Venezuela, qu’à Vence, place du Grand-Jardin. L’escargot était tellement plus fort que sa coquille. Je crois que Witold était indifférent aux objets. L’arrangement de son appartement, c’était l’imaginaire. Ici une pancarte : la forêt, là : le château, un peu comme dans les scènes shakespeariennes. J’ai plusieurs instantanés de Vence : Witold dans sa chambre, couché. Witold allant manger. Witold sur le balcon. La longue-vue. »
Kot Jelenski, dans Gombrowicz en Europe de Rita Gombrowicz


Le 10 décembre, la télévision française diffuse « Lire » n°25 (réal.Costelle et Lajournade) consacré à Gombrowicz, avec la participation de François Bondy, Lucien Goldmann, Kot Jelenski, Allan Kosko et Jorge Lavelli.


Alf Sjöberg monte Le Mariage au Théâtre Royal de Stockholm.

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"Le Mariage" dans la mise en scène d’Alf Sjöberg, à Stockholm en 1966.



1967

« Nous avons hier, Rita et moi, franchi le seuil de l’année 1967. À deux, sans champagne, en contemplant par la fenêtre le silence et le vide de notre belle place du Grand-Jardin, les toits entassés du vieux Vence, avec la tour de la cathédrale, et, au fond, les parois rocheuses des montagnes que la lune inondait d’une lumière mystique. »
Journal, 1967

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Witold Gombrowicz et Czesław Miłosz à Vence. Photo du centre, Joseph Jarema fait des grimaces. Photo de droite : Gombrowicz à gauche, Jarema avec la pipe, Miłosz au milieu et le traducteur anglais Alastair Hamilton à droite.


En janvier, son asthme s’aggravant, Witold Gombrowicz doit faire une première cure d’oxygène.


L’écrivain Czesław Miłosz, futur prix Nobel, passe un mois à Vence. Une grande amitié naît entre les deux écrivains polonais en exil.

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Witold Gombrowicz à son bureau. Photo : Bohdan Paczowski.

« Je l’admirais. Avec lui, on entrait dans un bâtiment à l’architecture claire et précise. En écrivant contre la Forme rigide, stagnante, il s’était formé lui-même, il était une œuvre qu’il avait construite, différent en cela de tant d’autres hommes de plume, croyant que leur œuvre littéraire rachètera leur désordre et leur obscurité. »
Czesław Miłosz dans le Cahier de l’Herne Gombrowicz
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Avec l’argent du prix Formentor, Witold Gombrowicz a acheté cette horloge décorative. Au centre, Gombrowicz photographié par Hanne Garthe.


Le 8 mai, Witold Gombrowicz est averti officiellement qu’il est lauréat du Prix international des Editeurs - Formentor qui compta comme précédents lauréats Samuel Beckett et Jorge Luis Borges en 1961, Uwe Johnson en 1962, Carlo Gadda en 1963, Nathalie Sarraute en 1964 et Saúl Bellow en 1965.

« 7.VIII.67. J’ai acheté une armoire de style ainsi qu’une table de style, et puis des petites chaises archi-Renaissance. [...] Aussitôt après avoir reçu le prix, j’ai dressé la liste de mes ennemis littéraires (polonais pour la plupart, hélas), j’ai tiré tel ou tel nom au hasard et je me suis délecté en imagination de cette aigreur funeste, de cette amertume éventée. »
Journal, 1967


Une semaine plus tard, la Quinzaine littéraire publie l’auto-entretien « J’étais structuraliste avant tout le monde » que Witold Gombrowicz a spécialement rédigé pour la revue de Maurice Nadeau. Ce texte se trouve aujourd’hui publié dans Varia.

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Witold Gombrowicz avec Dominique de Roux, à la villa Alexandrine, en préparant le livre d’entretiens qui portera plus tard, dès 1977, le titre "Testament.Entretiens avec Dominique de Roux". Photo : Christian Leprince.


En juin, Dominique de Roux commence les Entretiens (qui après sa mort seront intitulés Testament) qu’il réalise à la demande des éditeurs Pierre Belfond et Christian Bourgois. Dominique de Roux revient souvent à Vence. Gombrowicz commence le travail de rédaction en polonais.

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Les poètes québécois Claude Haeffely (à gauche) et Gaston Miron, Carré Saint-Louis à Montréal, vers 1990. Photo : Georges Dutil. Droits : Pierre Filion


En septembre, le poète québécois Gaston Miron, lecteur engagé du Journal, lui rend visite. L’écrivain argentin Ernesto Sabato arrive à Vence en novembre.

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Ernesto Sabato lisant "Ferdydurke".

« Il serait temps que les héritiers des cultures supérieures cessent de se pousser trop hâtivement du col. A la place du mot « Pologne » mettez « Argentine », « Canada », « Roumanie », etc. et vous verrez mes propos (et mes souffrances) s’élargir jusqu’à une bonne partie du globe : ils concerneront toutes les cultures européennes secondaires. »
Testament. Entretiens avec Dominique de Roux
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Photomontage de María Paczowska pour fêter "Opérette" : à gauche María et Bohdan Paczowski, à droite Rita et Witold Gombrowicz, avec Psina à leurs pieds.


La diffusion de son œuvre continue : Kultura publie l’original polonais d’Opérette ; Bakakaï est traduit en français ; Ferdydurke en danois ; La Pornographie en suédois et japonais ; Cosmos en norvégien et en japonais.



1968
En janvier, Janusz Gombrowicz, le frère aîné de Witold, meurt à Varsovie.
Le Journal fait état de la vraie-fausse angoisse d’avoir un fils naturel en Argentine.
Witold Gombrowicz écrit à Ingmar Bergman et lui expose son désir de le voir adapter La Pornographie au cinéma.
Il se fait envoyer de Pologne du bortsch (barszcz), potage polonais typique.

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Witold Gombrowicz avec la nouvelle « Peugeotte », octobre 1968. Photo : Bohdan Paczowski.


En avril, les Entretiens sont terminés. Witold Gombrowicz les révise et annonce à Dominique de Roux : « Si j’obtiens le Nobel, je m’achèterai une Mercedes décapotable ! »
Finalement c’est Kawabata qui l’obtient contre Samuel Beckett et Witold Gombrowicz.

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Esquisses généalogiques de Witold Gombrowicz, 1968.


Pendant ses dernières vacances, Witold Gombrowicz étudie la géographie et la généalogie.


Il se lie au peintre Jean Dubuffet qui habite également Vence. Ils entretiennent une correspondance.

« Vous m’avez demandé dans une de vos lettres ce que j’ai contre la peinture. Eh bien, mon cher, mon unique arme contre la peinture c’est la CIGARETTE et c’est par la CIGARETTE que je me propose de la détruire. »
Lettre au peintre Jean Dubuffet
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Jean Dubuffet et sa "Vache au nez subtil".

« Jeudi. Les vaches.
Quand je croise un troupeau de vaches, elles tournent leurs têtes vers moi et me suivent des yeux jusqu’à ce que je sois passé. Cela m’arrivait chez les Russovich, à Corrientes. Mais à l’époque cela ne me touchait pas tandis que maintenant depuis « la vache qui m’a vu », j’ai l’impression que ces yeux voient. »
Journal, 1958


A l’automne, Witold Gombrowicz commence à préparer le Cahier de l’Herne que Dominique de Roux veut lui consacrer. Le 18 novembre, il est victime d’un infarctus.

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Rita et Witold Gombrowicz. Photo : B.Paczowski. « Les amants terribles », photomontage de Rita Gombrowicz sur la carte au peintre Kazimierz Głaz.


Après quatre ans de « convivence », Witold épouse Rita Labrosse à leur domicile à Vence, le 28 décembre. Elle parlera d’« amour paternel » et de l’« Éden d’une enfance sans fin ».


Un extrait publié en français de son Journal : « Sur Dante » provoque l’ire du poète italien Giuseppe Ungaretti.

« Le livre de ce Polonais sur Dante est ignoble. Il est insensé et imbécile d’avoir publié une calomnie pareille. J’ai déchiré en morceaux et envoyé au diable cette monstruosité produite par un crétin. Ungaretti. » Voilà le télégramme qu’Ungaretti a envoyé à Dominique de Roux après avoir lu mon Dante en français. »
Journal, 1969
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Giuseppe Ungaretti (1888-1970).


Les traductions des œuvres de Witold Gombrowicz se multiplient : Journal Paris-Berlin (France), Diario Argentino (Argentine), Yvonne, princesse de Bourgogne (Suède et Espagne), Le Mariage et Opérette (Suède et Italie), Bakakaï (Italie et Brésil), La Pornographie (Espagne), Cosmos (Hollande).


Les Entretiens avec Dominique de Roux paraissent aux éditions Belfond et seront publiés en polonais par Kultura l’année suivante. En novembre, le journal Le Monde consacre un supplément à Gombrowicz et la télévision suisse italienne filme les entretiens de Gombrowicz avec Dominique de Roux et Piero Sanavio (réalisation : Grytzko Mascioni).



1969
En février, Witold Gombrowicz envoie, par l’intermédiaire de Dominique de Roux, le Journal et Cosmos au général de Gaulle.

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Witold Gombrowicz s’amusait beaucoup en dédicaçant ses ouvrages. Dédicaces à Paul Beers, son traducteur hollandais et à James Ritchie sur l’édition japonaise de "La Pornographie".


A la fin du mois de mars, Witold et Rita Gombrowicz déménagent à la Résidence du Val-Clair, Saint-Paul-de-Vence.

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Witold Gombrowicz au Val-Clair, préparant les cours de philosophie. Photo : Hanne Garthe.


Sollicité par Dominique de Roux qui veut l’aider à surmonter son état dépressif provoqué par sa santé de plus en plus défaillante, Witold Gombrowicz donne des cours de philosophie à Dominique de Roux et à Rita qui seront publiés après la mort de l’écrivain sous le titre Cours de philosophie en six heures un quart.

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Les cadres du documentaire de Michel Polac. A droite, Witold Gombrowicz avec Dominique de Roux.

« En mars, il est à nouveau perturbé. La cortisone fait gonfler ses chevilles, déforme ses jambes. Il a des crises d’étouffement et se déplace dans son appartement avec une canne. Rita, sa jeune femme a beau être admirable de dévouement, on sent chez Gombrowicz des écroulements graves qu’il exaspère encore par son dégoût de coexister ainsi avec le pitoyable état d’un corps que la médecine reconstitue d’un côté pour qu’il puisse mieux partir de l’autre. Aussi, je dis à Rita, que si on laisse sa volonté s’engager, elle aussi, dans ce marasme, le découragement augmenté par l’imagination l’emportera, et, en désespoir de cause, je propose à Gombrowicz de m’enseigner la philosophie. »
Dominique de Roux, le Cahier de l’Herne Gombrowicz


En mai, Michel Polac réalise avec Dominique de Roux et Michel Vianey son émission de télévision « Bibliothèque de Poche » à Vence.
Voir cette émission sur le site de l’INA

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Witold Gombrowicz au Val-Clair. Photo : Bohdan Paczowski.
« Il y un art pour lequel on est payé, un autre pour lequel on paie. Et on paie avec sa santé, on paie avec ses commodités, etc. Naturellement je ne sais pas si je suis un artiste important ou non, mais de toute façon ma vie était plutôt, dans ce sens, ascétique. »
Witold Gombrowicz dans l’émission télévisée « La Bibliothèque de Poche »


Witold Gombrowicz continue à travailler au Cahier de l’Herne qui va lui être consacré.
Il reçoit la visite de Jacques Rosner qui fera la mise en scène d’ Opérette au Théâtre National Populaire du palais de Chaillot en janvier 1970 et que Witold Gombrowicz ne verra pas.

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"Opérette", à Paris. Mise en scène de Jacques Rosner, musique de Karel Trow, scénographie de Max Schoendorff, qui a également réalisé ce dessin.


Witold Gombrowicz continue à rédiger son Journal pour Kultura. Le dernier paragraphe est consacré à commenter les protestations des écrivains polonais à l’invasion de la Tchécoslovaquie : « La Pologne n’est-elle pas depuis des années un pays occupé, exactement comme la Tchécoslovaquie aujourd’hui ? [...] Bouleversés par le sort de la Tchécoslovaquie, ils ont oublié leur propre destin. »

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Neil Armstrong sur la Lune.


Dans la nuit du 21 au 22 juillet, il regarde en direct à la télévision l’arrivée de Neil Armstrong sur la Lune.
Witold Gombrowicz meurt le 24 juillet d’insuffisance respiratoire.

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La dernière photo de Witold Gombrowicz, par Bohdan Paczowski.

« Il semblait en mouvement comme s’il faisait un immense effort pour sauter un obstacle. »
Rita Gombrowicz, Gombrowicz en Europe


Dernière interview, dernière question : « Quels sont vos projets d’avenir ? - La tombe. » Celle-ci se trouve au cimetière de Vence .


Dernier projet : un texte à « deux personnages, un homme et une mouche qui souffre » inspiré par les derniers quatuors de Beethoven que Witold Gombrowicz appréciait particulièrement.

Ouverture du 13e quatuor op. 130 de Beethoven, interprété par le Quatuor Busch.

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Le Cahier de l’Herne "Gombrowicz" a été publié après sa mort, en 1971.


Dans le Cahier de l’Herne, en réponse à Dominique de Roux : « Je pense que le thème Goethe-Gombrowicz est bien choisi puisqu’il s’agit de deux génies, l’un tendu vers le haut et l’autre vers le bas. »